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LE CHATEAU DE CARTES
B.O

Joan BARDY,  Jean ORLIAC
Barcelone // Espagne


S’interroger sur l’impermanence, c’est prendre conscience que tout se transforme, que rien n’est immuable. Le Bouddhisme par exemple, qui a fait de l’acceptation de l’impermanence un de ses principes fondamentaux, enseigne que tout est passager, transitoire, et que tout peut disparaitre et se dissoudre d'un moment à l'autre. Si l’on y pense, cela s’applique effectivement à tout ce qui nous entoure, même à ce qui de premier abord peut sembler solide et éternel. On peut s’autoriser à dire que tout n’est finalement qu’un château de cartes ! 
Le château de cartes fait surtout référence aux projets fragiles et éphémères. Il est donc en soi symbole de l’impermanence. L’éphémère est d’ailleurs sa raison d’être, ici au sein du festival, et il le revendique : il ne peut exister pleinement que parce qu’il est voué à disparaître. Comme nos vies et les sentiments qui nous lient, c’est sa durée limitée qui lui donne un sens. Le château de cartes sera géant et montrera son jeu. Sa taille sera suffisante pour dialoguer avec l’architecture dans laquelle il s’insère. Il se dressera fièrement face aux bâtiments auxquels il aura à faire face, et remettra en question comme le château chancelant qu’il est, la longévité d’un patrimoine que ses bâtisseurs pouvaient penser éternel. Le château de cartes peut s’effondrer à tout moment. Sa durée est donc incertaine et précaire. Il ne peut que s’efforcer de vivre au présent et nous renvoie à l’incertitude du temps qu’il nous reste comme individus mais aussi comme société. Il peut être l’allégorie de la fragilité de notre civilisation, qui, persuadée d’être éternelle se révèle au contraire fragile, et comme bien d’autres avant elle pourrait un jour s’éteindre ou s'effondrer, pêchant par l’illusion de son invincibilité.
Le château de cartes est en réalité déjà en train de s’écrouler. Nous ne savons pas si sa chute se fera de façon complète et instantanée mais l’accident en cours montre l’instant suspendu d’un effondrement qui a déjà commencé. Un arrêt sur image en déséquilibre pour que l’observateur puisse questionner sa perception de l’échelle des temps. Faire prendre conscience au visiteur de la perception biaisée du temps qui peut l’induire en erreur sur la permanence de certaines choses et l’amener à établir de fausses vérités. Certains châteaux peuvent paraître éternels mais tous finissent un jour par retourner à la poussière . Le château de cartes finira donc un jour par tomber. Mais l’histoire et le temps ne s’arrêteront pas pour autant. Prendre conscience de l’impermanence, c’est aussi prendre conscience du processus de renouvellement constant du monde dont nous faisons partie. La seule chose permanente en ce monde n'est autre que l'impermanence. Il ne s’agit donc pas de jeter ce qui s’est effondré ou ce qui est usé. On pourra toujours rebattre les cartes et aller reconstruire unnouveau château quelque part.



To question impermanence is to become aware that everything changes, that nothing is immutable. Buddhism, for example, which has made the acceptance of impermanence one of its fundamental principles, teaches that everything is fleeting, transitory, and that everything can disappear and dissolve from one moment to the next. If you think about it, this actually applies to everything around us, even to what at first glance may seem solid and eternal. We can therefore say that everything is ultimately a house of cards! The house of cards refers above all to fragile and ephemeral projects. It is therefore in itself a symbol of impermanence. The ephemeral is its raison d'être, here at the festival, and it claims it: it can only exist fully because it is doomed to disappear. Like our lives and the feelings that bind us, it is its limited duration that gives it meaning.
The house of cards will be giant and will show its game. It will be big enough to interact with the architecture in which it is set. It will stand proudly in front of the buildings it will have to face, and will question, like the shaky castle it is, the longevity of a heritage that its builders may have thought would last forever. The house of cards can collapse at any time. Its duration is therefore uncertain and precarious. It can only strive to live in the present and refers us to the uncertainty of the time we have left as individuals but also as a society. It can be an allegory of the fragility of our civilisation, which, convinced that it is eternal, turns out to be fragile and, like many others before it, could one day die out or collapse, suffering from the illusion of its invincibility. The house of cards is in fact already collapsing. We don't know if its fall will be complete and instantaneous, but the accident in progress shows the suspended moment of a collapse that has already begun. A freeze frame in imbalance so that the observer can question his perception of the time scale. To make the visitor aware of the biased perception of time which can mislead him on the permanence of certain things and lead him to establish false truths. Some castles may appear to be eternal, but all of them eventually return to dust. So the house of cards will eventually fall. But history and time will not stop. To be aware of impermanence is also to be aware of the process of constant renewal of the world of which we are a part. The only permanent thing in this world is impermanence. So it is not a question of throwing away what has fallen apart or what is worn out. We can always reshuffle the deck and go and build a new castle somewhere

Nous sommes Joan Bardy et Jean Orliac, amis et architectes. Nous nous sommes connus étudiants à Barcelone où nous avons suivi ensemble le cursus de l’Escola Tècnica Superior d’Arquitectura del Vallès (ETSAV-UPC). Outre l’architecture, nous partageons également le goût de l’escalade et de la montagne. Nous avons tous deux grandi en intégrant les cultures française et catalane, d’un côté et de l’autre des Pyrénées, ce que nous continuons à faire dans notre activité professionnelle d’aujourd’hui, en collaboration avec des agences d’architecture francocatalanes sur des projets à grande et petite échelle aux programmes divers et variés. En

parallèle nous réalisons également des projets propres en libéral, avec une affection particulière pour les interventions d’architecture éphémère. Participer au Festival des Architectures Vives est donc pour nous une nouvelle occasion de concevoir d’une façon libre et spontanée un projet éphémère, libéré du poids et de l’inertie d’un projet d’architecture conventionnelle. Le processus créatif du projet est similaire, mais le chemin beaucoup plus immédiat entre conception et réalisation permet de conserver toute la pureté de l’idée première. Nous sommes également séduits par la possibilité de pouvoir participer à la divulgation du design, de l’art et de l’architecture, tout comme par le fait de pouvoir tenter de surprendre le public en lui faisant ressentir la transformation momentanée d’espaces existants et en apportant une réflexion artistique inattendue. En ce sens, un évènement comme le FAV est pour nous une belle opportunité d’expression.


We are Joan Bardy and Jean Orliac, friends and architects. We met as students in Barcelona where we followed together the course of the Escola Tècnica Superior d’Arquitectura del Vallès (ETSAV-UPC). In addition to architecture, we also share a taste for climbing and the mountains. We both grew up integrating the French and Catalan cultures, on both sides of the Pyrenees, which we continue to do in our professional activity today, in collaboration with French Catalan architecture agencies. on large and small scale projects with diverse and varied programs. InAt the same time, we also carry out our own freelance projects, with a particular affection for ephemeral architectural interventions. Participating in the Festival des Architectures Vives is therefore a new opportunity for us to conceive in a free and spontaneous way an ephemeral project, freed from the weight and inertia of a conventional architectural project. The creative process of the project is similar, but the much more immediate path between conception and realization makes it possible to preserve all the purity of the first idea. We are also seduced by the possibility of being able to participate in the dissemination of design, art and architecture, as well as by the fact of being able to try to surprise the public by making them feel the momentary transformation of existing spaces and by bringing an unexpected artistic reflection. In this sense, an event like the FAV is a great opportunity for us to express ourselves.